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Le Royaume-Uni veut mobiliser les voitures électriques pour soutenir le réseau, quitte à avantager les modèles thermiques

le royaume-uni veut rémunérer les propriétaires de voitures électriques pour soutenir le réseau, une mesure qui pourrait indirectement avantager les modèles thermiques.

En bref — Le Royaume-Uni étudie des crédits réglementaires pour les constructeurs qui équipent leurs voitures électriques de recharge bidirectionnelle. Le dispositif pourrait aider à stabiliser le réseau électrique, mais aussi donner aux marques davantage de marge pour vendre des véhicules thermiques. Le principal enjeu : récompenser un usage réel du V2G, et pas seulement la présence de la technologie à bord.

Une voiture électrique pourrait bientôt servir à autre chose qu’à transporter ses occupants : lorsque le réseau en a besoin, sa batterie serait capable de lui restituer une partie de son énergie. Le Royaume-Uni veut encourager cette recharge bidirectionnelle, appelée V2G, pour mieux faire coïncider la production et la consommation d’électricité, notamment lorsque les énergies renouvelables sont abondantes ou que la demande atteint un pic.

Mais la mesure envisagée par Londres soulève une question délicate. Selon The Guardian, les constructeurs pourraient recevoir des crédits au titre de leur mandat de ventes de véhicules zéro émission. Ces crédits allégeraient leurs obligations réglementaires et pourraient, par ricochet, leur permettre de commercialiser davantage de modèles thermiques sans pénalité. Une politique conçue pour renforcer la flexibilité énergétique risque donc de réduire, au moins en partie, la pression en faveur de l’électrification.

La promesse dépend aussi de conditions concrètes : une voiture compatible ne suffit pas. Borne adaptée, raccordement autorisé et contrat d’électricité approprié sont nécessaires pour que le stockage d’énergie embarqué contribue effectivement à la stabilité du réseau. C’est là que se joue l’équilibre entre innovation utile et avantage réglementaire accordé sur le papier.

V2G au Royaume-Uni : comment les voitures électriques peuvent soutenir le réseau

Le principe du V2G est simple à comprendre : la voiture se recharge lorsque l’électricité est disponible et peu coûteuse, puis en renvoie une partie vers le réseau électrique lorsque la demande augmente. À grande échelle, ces batteries mobiles pourraient faciliter la gestion de la demande et accompagner la montée des énergies solaire et éolienne, dont la production varie selon les conditions météorologiques.

Pour un automobiliste, le fonctionnement dépendrait notamment de ses horaires de déplacement et du niveau de charge nécessaire avant le prochain trajet. L’objectif n’est pas de vider la batterie, mais de valoriser temporairement une capacité disponible. Cette recharge intelligente pourrait aussi alimenter une maison — une fonction dite V2H — et compléter, par exemple, une installation photovoltaïque.

le royaume-uni veut mobiliser les batteries des voitures électriques pour soutenir son réseau, une stratégie qui pourrait avantager les modèles thermiques.

Le potentiel est conséquent, mais il reste conditionné au déploiement de véhicules et d’équipements compatibles. Les projections du gestionnaire britannique NESO évoquent une puissance mobilisable de 1,2 GW en 2030, puis jusqu’à 41 GW en 2050 si la technologie se généralise. Ces estimations décrivent une capacité possible, pas une contribution déjà disponible sur le réseau.

Des crédits réglementaires qui pourraient profiter aux véhicules thermiques

Le dispositif étudié s’inscrirait dans la révision du mandat britannique ZEV, qui fixe aux constructeurs des objectifs de ventes de véhicules zéro émission. En accordant des crédits supplémentaires aux modèles équipés du V2G, le gouvernement entendrait valoriser leur apport potentiel à la flexibilité énergétique.

Le revers est réglementaire : ces crédits pourraient compenser une partie des obligations de vente électrique. Les marques auraient alors davantage de latitude pour vendre des véhicules thermiques sans s’exposer aux mêmes pénalités. Le mécanisme pourrait donc soutenir une technologie utile au réseau tout en ralentissant indirectement la transition énergétique.

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Ben Nelmes, directeur général du groupe de réflexion New AutoMotive, estime que les constructeurs ne devraient être récompensés que lorsque le V2G fonctionne réellement. Il évoque des crédits pouvant valoir autour de 4 000 livres sterling chacun, soit environ 4 600 euros, alors que l’équipement concerné coûterait quelques centaines de livres. L’écart entre le coût d’une fonction embarquée et sa valeur réglementaire nourrit les craintes d’un effet d’aubaine.

Une voiture compatible ne garantit pas une recharge bidirectionnelle utilisée

Restituer de l’énergie ne consiste pas simplement à brancher une voiture à une prise. Le courant continu stocké dans la batterie doit être converti en courant alternatif et synchronisé avec le réseau, tandis que des équipements de protection et un raccordement adaptés sont indispensables. Une borne bidirectionnelle et une offre d’électricité compatible complètent l’installation.

Renault commercialise déjà en France une offre de V2G associée à la borne Mobilize Powerbox et à un contrat spécifique. Le dispositif peut nécessiter des démarches auprès d’Enedis et du Consuel, en plus de l’installation d’un matériel plus élaboré qu’une borne classique. Cette expérience illustre pourquoi l’équipement d’un véhicule ne suffit pas à garantir que son propriétaire participera effectivement à la gestion de la demande.

Les conducteurs qui s’intéressent aux capacités des batteries et aux solutions de recharge peuvent aussi consulter ce point sur les évolutions de la recharge des batteries. Dans le cas du V2G, la question centrale reste toutefois l’usage quotidien : les automobilistes accepteront-ils de mobiliser leur batterie, et les démarches seront-elles assez simples pour les convaincre ?

Le précédent des hybrides rechargeables appelle à la prudence

Les associations redoutent de voir se reproduire le cas des hybrides rechargeables, dont les émissions homologuées ne reflètent pas toujours les usages réels. Lorsque les propriétaires les rechargent rarement, leur consommation de carburant peut être nettement supérieure aux valeurs annoncées. Le parallèle souligne les limites d’une réglementation fondée sur une capacité théorique plutôt que sur des résultats mesurés.

Pour le V2G, une règle plus exigeante pourrait conditionner les crédits à l’énergie réellement restituée ou à la disponibilité effective du véhicule pour le réseau. Cela demanderait des données vérifiables et un suivi du fonctionnement, mais permettrait de distinguer une voiture simplement équipée d’une voiture qui contribue à la stabilité du réseau.

le royaume-uni veut mobiliser les voitures électriques pour soutenir son réseau, mais certaines mesures pourraient avantager les modèles thermiques.

Le débat britannique ne porte donc pas seulement sur la technologie, mais sur la manière de la valoriser. Récompenser le service effectivement rendu alignerait mieux les intérêts des automobilistes, des constructeurs et du réseau ; créditer la seule présence du matériel pourrait, au contraire, assouplir les contraintes pesant sur les ventes de véhicules thermiques.

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