Prendre le volant d’une Lamborghini Miura SV n’est pas une simple expérience de conduite ; c’est un véritable pèlerinage au cœur de l’histoire automobile. Considérée comme la première supercar de tous les temps, cette légende automobile continue de faire rêver, surtout lorsqu’un exemplaire comme celui-ci, estimé à 2,8 millions d’euros, se révèle pour un essai exclusif. Soixante ans après sa naissance, la Miura SV incarne toujours l’audace, le prestige et l’ingéniosité du design italien qui a défié les conventions et établi de nouveaux standards de performance. C’est une invitation à remonter le temps, à sentir la mécanique vivante d’un V12 hurlant derrière soi, et à comprendre pourquoi cette voiture de collection reste un joyau incomparable pour les passionnés et les investisseurs.
En bref : La Lamborghini Miura SV, une icône célébrant ses 60 ans en 2026, représente l’apogée de l’ingénierie et du style de son époque, avec une valeur actuelle avoisinant les 2,8 millions d’euros. Cette version SV a corrigé les défauts des premières Miura, offrant une meilleure fiabilité et une stabilité accrue grâce à ses voies arrière élargies et son moteur V12 de 385 ch. Son expérience de conduite reste étonnamment accessible pour une telle machine, alliant douceur et performances grisantes sur circuit. La Miura SV continue de fasciner par son statut de première supercar et son esthétique intemporelle, en faisant une pièce maîtresse pour tout collectionneur averti.
La convocation au volant d’une Lamborghini Miura SV : un honneur rare
C’était un mercredi de mai 2026, à l’aube, qu’une opportunité inouïe s’est présentée. Un coup de téléphone annonçant la possibilité d’essayer des Lamborghini anciennes, dont la mythique Miura, directement à Sant’Agata Bolognese. Pour un journaliste automobile, c’est une consécration, un défi que l’on ne refuse jamais. L’idée de poser les mains sur un tel engin, de ressentir ce qui a forgé le mythe de la voiture de sport par excellence, est une proposition qui dépasse toutes les attentes habituelles.
Le souvenir d’une précédente rencontre avec une autre icône, la Diablo, revient en mémoire. Un modèle noir et rouge, avec son tableau de bord carré, dont les clés furent remises sans hésitation par un propriétaire confiant. Ce fut l’une de ces journées gravées à jamais, une immersion totale dans la puissance et l’élégance d’une époque révolue. Mais avec la Lamborghini Miura SV, l’on entre dans une dimension encore supérieure, un saut temporel qui nous ramène à l’année de sa création, il y a soixante ans, en 1966. Pour cet essai anniversaire, la marque a judicieusement choisi la version SV de 1971, réputée pour sa fiabilité accrue et sa stabilité sans faille, offrant ainsi une expérience de conduite sereine à la hauteur de son prestige.
De la P400 à la Miura SV : l’évolution d’une légende automobile
L’histoire de la Miura commence avec la volonté farouche de Ferruccio Lamborghini de bousculer le statu quo établi par Ferrari. Lui, le constructeur de tracteurs, s’est lancé dans l’automobile pour défier « il Commendatore ». Après les élégantes 350 GT et 400 GT, la surprise est totale en 1966 avec le lancement de la P400 Miura. Révolutionnaire, elle intègre le V12 double arbre à cames en tête – conçu par Giotto Bizzarrini, un ancien de chez Ferrari – en position centrale arrière transversale. Cette configuration audacieuse, couplée à un moteur retravaillé pour plus de performance, avec des carburateurs Weber triple corps et un régime maximal porté à 7 000 tr/min, propulse la Miura à 350 ch et une vitesse de pointe de 280 km/h. Aucune autre voiture de sport de série ne pouvait rivaliser en 1966.
Pourtant, les débuts n’étaient pas sans embûches. Les carburateurs capricieux et le mariage moteur-boîte dans le même bain d’huile entraînaient des problèmes de fiabilité. Surtout, la tenue de route à haute vitesse relevait du défi : avec son poids plume et ses pneus arrière étroits de 215 mm, l’avant s’allégeait dangereusement au-delà de 250 km/h. Cela n’empêcha pas un succès immédiat, et la Miura évolua avec la version S en 1969, gagnant 20 ch supplémentaires. Mais c’est en 1971 que la véritable apogée fut atteinte avec la Lamborghini Miura SV. Ce modèle corrige tous les défauts de jeunesse, notamment par un train arrière élargi de 12,8 cm et l’adoption de pneus XXL de 255 mm, conférant une stabilité rassurante. Les problèmes mécaniques furent résolus avec un circuit d’essence étanche et une lubrification séparée du moteur et de la boîte. Avec 385 ch sous le capot et une vitesse de pointe de 290 km/h, la SV est devenue la version la plus aboutie, faisant de cette voiture rare une véritable perle de la collection automobile.

L’expérience de conduite : au volant d’un mythe à 2,8 millions d’euros
La marque au taureau avait donné rendez-vous sur le sinueux circuit de Varano, près de Bologne, pour célébrer les 60 ans de la Miura. Une piste technique, loin des autoroutes allemandes, parfaite pour apprécier le design italien et la maniabilité de cette voiture de collection. L’objectif n’était pas la vitesse pure, mais de goûter à l’essence même de ce que représentait cette voiture pour les stars de l’époque, qui déboursaient l’équivalent de 180 000 € actuels pour s’en offrir une. L’intimidation est palpable avant de prendre place à bord de ce chef-d’œuvre à 2,8 millions d’euros. La position de conduite est d’une autre ère, avec une colonne de direction fixe qui place le volant près des cuisses et un pédalier articulé au plancher à 90°. Le V12, omniprésent dans l’habitacle, émet une sonorité plus musicale qu’animale, envoûtante sans être agressive.
Pourtant, la surprise est de taille : la Lamborghini Miura SV se révèle presque facile à dompter. La direction, bien que non assistée, est suffisamment légère. L’embrayage est souple, et la boîte à cinq vitesses synchronisées se verrouille avec un « clic » caractéristique dans sa grille en aluminium, un pur délice mécanique. Le V12 de 3,9 litres offre une onctuosité rare, accélérant sans à-coups ni vibrations, rappelant la douceur d’un gros six cylindres plus que la rudesse d’un V8. Sur la courte ligne droite, le passage du deuxième rapport jusqu’à 7 000 tr/min permet de goûter aux accélérations fulgurantes qui firent la renommée de la Miura, avec un 0 à 100 km/h avalé en seulement 5,5 secondes, des chiffres dignes d’une BMW M3 E46 ou d’une Porsche Cayman S moderne. C’est une expérience de conduite pure, authentique et profondément gratifiante.
Les freins, bien que non assistés, répondent efficacement, offrant une sensation rassurante. Sans pousser aux limites absolues, la Miura SV démontre une agilité inattendue, changeant de cap promptement même en mode balade rythmée. Bien sûr, comme toute voiture de sport à moteur central arrière, elle demande de l’engagement en entrée de virage pour bien placer son léger nez. Mais la maniabilité est une agréable surprise, à la hauteur du mythe qu’elle représente. Après s’être contorsionné pour s’extirper de l’habitacle exigu, l’impression durable est celle d’avoir touché du doigt l’une des plus grandes réalisations du design italien et de la performance automobile. C’est l’essence même de ce qui rend une voiture de collection aussi précieuse et intemporelle, une prouesse technique et esthétique qui continue d’inspirer, soixante ans après sa création.









