La voiture électrique gagne du terrain et le réseau français de recharge s’étend, mais cette dynamique ne protège pas tous les acteurs du secteur. Placé en redressement judiciaire le 7 octobre 2026, E-Totem, entreprise stéphanoise fondée en 2012 et pionnier français des bornes de recharge, doit désormais trouver une solution pour poursuivre son activité. Son chiffre d’affaires est passé de 47,4 millions d’euros en 2024 à 13,9 millions en 2025, soit un recul de près de 71 %.
Cette chute contraste avec les quelque 12 000 points de charge que la société a déployés, dont environ la moitié sont exploités directement par ses équipes. Elle met surtout en lumière une fragilité souvent moins visible de la mobilité électrique : les équipements et les travaux doivent être financés avant que leur fréquentation ne produise des recettes suffisantes. Dans un marché automobile en mutation, la hausse de la demande ne garantit donc ni des revenus immédiats ni la solidité financière de chaque opérateur.
En bref : E-Totem traverse une crise liée à la chute de ses revenus et au blocage de financements essentiels. Malgré la progression des usages et des infrastructures de recharge en France, l’entreprise doit trouver un repreneur ou financer un plan de continuation pour préserver ses activités et ses 88 emplois.
E-Totem, pionnier français des bornes de recharge, placé en redressement judiciaire
Le tribunal de commerce de Saint-Étienne a ouvert une procédure de redressement judiciaire pour E-Totem le 7 octobre 2026. L’entreprise, qui intervient auprès de collectivités comme le Grand Paris, Nantes, Montpellier et Saint-Étienne, avait pourtant pris une place importante dans le développement des équipements de recharge publics.
Elle revendique plus de 12 000 points installés, dans un pays qui comptait 202 804 points de recharge ouverts au public fin septembre 2026. Pour suivre l’évolution de ce réseau à l’échelle nationale, les données présentées sur les bornes de recharge en France donnent un aperçu du contexte dans lequel évoluent les opérateurs.

Une baisse brutale du chiffre d’affaires en un an
Les comptes illustrent l’ampleur du retournement : après 47,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, E-Totem a enregistré 13,9 millions en 2025. Cette contraction de près de 71 % s’est produite alors même que le réseau français continuait de s’étoffer et que l’usage des bornes publiques progressait.
Le contraste rappelle qu’un équipement déployé n’est pas automatiquement une source de revenus suffisante. Une borne située dans une zone très fréquentée peut avoir un modèle viable, tandis qu’une installation plus isolée reste coûteuse à raccorder, entretenir et exploiter.
Recharge électrique : un modèle dépendant des financements et de la trésorerie
E-Totem ne se limite pas à fabriquer des équipements. L’entreprise conçoit les bornes, participe à leur installation et assure aussi leur supervision et leur exploitation. Cette présence sur toute la chaîne lui a permis de développer des projets, mais l’a exposée aux besoins de capitaux importants qu’impose la construction des infrastructures de recharge.
Son modèle de tiers-investissement permet à une collectivité ou à un gestionnaire de parking de faire installer des bornes sans payer immédiatement l’ensemble des coûts. Des partenaires financent alors l’investissement initial et comptent sur les recettes futures de l’exploitation. Or, les dépenses de matériel, de raccordement et de travaux arrivent bien avant que la fréquentation ne génère un flux régulier de revenus.

Le retrait de partenaires fragilise le développement
En 2023, Bpifrance et le gestionnaire d’actifs Conquest avaient investi ensemble 15 millions d’euros dans E-Totem. Une enveloppe supplémentaire de 50 millions devait soutenir une plateforme destinée à financer le déploiement des bornes, mais le retrait de Conquest du capital au début de 2026 et l’arrêt du financement de nouveaux projets ont enrayé cette mécanique.
Un prêt de 30 millions d’euros accordé fin 2025 par la Banque des Territoires à une plateforme d’infrastructures détenue par Conquest n’a pas suffi à rétablir la situation de l’entreprise. Cette difficulté montre que le financement d’un secteur ne se traduit pas nécessairement par des liquidités accessibles à chaque opérateur, au bon moment et dans les conditions nécessaires.
Pour les collectivités comme pour les particuliers, le coût d’installation reste un enjeu concret, notamment dans les immeubles où les travaux doivent être organisés collectivement. Les dispositifs évoqués dans ce guide sur les aides à l’installation de bornes en copropriété illustrent l’importance des mécanismes de financement pour accélérer la transition énergétique.
Un réseau de recharge en croissance, mais une rentabilité inégale
Fin septembre 2026, la France comptait 202 804 points de recharge accessibles au public, soit 13 % de plus qu’un an auparavant. L’utilisation progresse aussi : chaque point a enregistré en moyenne 32,7 sessions en septembre, contre 25,2 un an plus tôt, tandis que la consommation totale d’électricité sur le réseau public a augmenté de plus de 72 %.
Ces indicateurs confirment que la recharge électrique s’installe dans les usages, mais ils ne révèlent pas la situation économique de chaque station. L’emplacement, le coût du raccordement, l’entretien, le prix de l’électricité et le niveau de fréquentation déterminent ensemble le résultat d’exploitation. La progression du marché profite donc aux infrastructures de manière inégale.
La procédure judiciaire doit décider de l’avenir de l’entreprise
E-Totem emploie 88 personnes et bénéficie d’une période d’observation jusqu’au 6 janvier 2027. Deux scénarios sont envisagés : un plan de continuation soutenu par ses actionnaires ou une reprise par un acteur industriel ou financier, avec des offres attendues avant le 20 novembre 2026.
Dans l’intervalle, l’entreprise poursuit notamment l’exploitation et la maintenance des installations existantes. Pour les usagers, l’enjeu immédiat est la continuité du service ; pour la filière, le dossier rappelle que la croissance de la voiture électrique ne suffit pas à assurer la pérennité de tous les acteurs qui construisent la mobilité électrique.









