L’année 2026 marque un tournant significatif pour le marché automobile européen, avec l’arrivée massive de nouveaux constructeurs, notamment chinois. Parmi ces acteurs émergents, Geely, un nom qui résonne désormais bien au-delà des cercles d’initiés, prête déjà son nom au groupe propriétaire de marques prestigieuses comme Volvo, Lotus ou Polestar. Après une première incursion mitigée avec le Starray hybride rechargeable, l’attention se tourne désormais vers sa deuxième proposition, le Geely E5, un SUV 100 % électrique. Annoncé comme une alternative abordable, ce véhicule suscite l’intérêt, mais la question demeure : ses qualités se limitent-elles à un prix compétitif, ou parvient-il à s’imposer par d’autres atouts sur un segment déjà très disputé de la voiture électrique ?
Le SUV électrique Geely E5 débarque sur le marché européen avec des ambitions affirmées, misant sur l’espace et un prix attractif. Néanmoins, son arrivée dans un environnement concurrentiel intense, notamment face à des rivaux bien établis, soulève des interrogations quant à sa capacité à se démarquer réellement. Ce test complet explore en détail ses forces et ses faiblesses, de son habitabilité généreuse à son comportement routier, en passant par sa technologie embarquée et sa compétitivité tarifaire.
En bref :
- Le Geely E5 est un SUV électrique de taille généreuse (4,62 m), offrant une habitabilité intérieure et un volume de coffre remarquables, bien supérieurs à certains concurrents.
- Le confort est une priorité claire, avec des sièges spacieux et de nombreux équipements de série, particulièrement sur les finitions haut de gamme comme la Max+.
- L’intégration technologique, via une tablette tactile centrale de 15,4 pouces, présente une ergonomie complexe et des menus peu intuitifs, pénalisant l’expérience utilisateur.
- Le comportement routier privilégie la souplesse et l’absorption des défauts de la route, au détriment du dynamisme, ce qui plaira aux adeptes de la conduite sereine mais décevra les amateurs de sensations.
- Malgré un moteur électrique performant de 218 ch offrant des accélérations vives, l’autonomie annoncée (environ 400 km WLTP) et la capacité de charge sont en deçà de certains rivaux.
- Le positionnement tarifaire (41 990 € pour la version d’essai) s’avère moins agressif que prévu, d’autant que l’absence de bonus écologique en France réduit considérablement son attrait face à des concurrents mieux dotés ou plus abordables.
Un espace intérieur remarquable pour un SUV électrique
Le Geely E5 ne passe pas inaperçu avec ses 4,62 mètres de long. Cette dimension le place dans la catégorie des SUV compacts, mais le distingue par une longueur supérieure à celle de nombre de ses rivaux directs. Pour illustrer, le Peugeot e-3008 affiche 4,54 m, le Volkswagen ID.4 s’étire sur 4,58 m, et le Skoda Elroq ne dépasse pas 4,49 m. Cette envergure se traduit directement par une habitabilité généreuse, une caractéristique particulièrement appréciée des familles.
L’impression d’espace à bord est immédiate et s’étend à tous les occupants. Les passagers, qu’ils soient à l’avant ou à l’arrière, bénéficient d’une aisance notable pour les jambes et la tête, évitant toute sensation de confinement. Le toit ouvrant panoramique, de série sur la version d’essai haut de gamme Max+, accentue cette sensation de clarté et de volume. Seul le passager central arrière pourrait se sentir légèrement moins à l’aise, l’assise étant plus ferme malgré un plancher plat, une concession fréquente dans la catégorie.

Fonctionnalité et confort des rangements
Le SUV électrique Geely E5 ne se contente pas d’offrir de l’espace pour les passagers. Son coffre, bien que ne battant aucun record, présente un volume confortable de 461 litres. Cette valeur est subjectivement apparue plus vaste que les 528 litres annoncés pour le Starray, probablement grâce à un double fond plus généreux lié à son architecture à traction et à l’absence de batterie sous le plancher. Une fois les sièges rabattus, le volume atteint 1 877 litres, facilitant le transport d’objets encombrants ou les visites chez les géants de l’ameublement.
Outre un coffre pratique, l’E5 excelle par ses nombreux et volumineux espaces de rangement. Le tiroir sous la banquette arrière constitue une particularité unique dans cette catégorie, offrant une solution astucieuse pour ranger des affaires discrètement et maintenir l’ordre à bord. Ce détail, loin d’être anecdotique, témoigne d’une réflexion orientée vers la vie familiale.
Le passager avant bénéficie d’un traitement de faveur sur la finition Max+, avec un siège qui s’abaisse à l’horizontale et intègre un repose-jambes électrique. Cette fonctionnalité transforme l’habitacle en un véritable salon roulant, idéal pour les longs trajets. De manière générale, le Geely E5 ne lésine pas sur l’équipement. La livrée Max+ inclut une climatisation automatique, des sièges avant électriques, chauffants, ventilés et massants, un éclairage d’ambiance, un hayon électrique, l’accès sans clé, un affichage tête-haute, une caméra 360°, un chargeur à induction, et une sonorisation de qualité avec des haut-parleurs intégrés aux appuie-tête, témoignant d’une volonté de proposer une expérience complète et luxueuse.
Interface utilisateur : une technologie complexe à apprivoiser
Si la générosité en équipements est une force indéniable, l’expérience utilisateur de la technologie auto embarquée sur le Geely E5 révèle des facettes plus contrastées. Contrairement au Starray EM-i, l’E5 délaisse presque totalement les commandes physiques au profit d’une interface entièrement dématérialisée. L’ensemble des fonctions essentielles est centralisé sur la tablette tactile de 15,4 pouces, un choix esthétique qui ne rime pas toujours avec praticité.
La qualité d’affichage et la réactivité de l’écran sont bonnes, mais l’arborescence des menus s’apparente à une véritable « usine à gaz ». Les options sont nombreuses et leur accès souvent fastidieux, nécessitant une multitude de manipulations pour des réglages pourtant basiques. L’exemple de la fonction audio spatiale, exploitant les haut-parleurs des appuie-tête, illustre parfaitement cette complexité : sa mise en œuvre demande un cheminement numérique trop long, nuisant à la fluidité d’usage.

Finition et style : entre classicisme et discrétion
L’examen des finitions intérieures du Geely E5 révèle une qualité globalement correcte à première vue, mais qui mérite un regard plus attentif. Le faux cuir, proposé de série sur toutes les versions, suscite des interrogations quant à sa tenue dans le temps et sa résistance à l’usure quotidienne. Heureusement, d’autres matériaux employés, notamment sur les parties hautes de l’habitacle, se montrent plus flatteurs au toucher et à l’œil, contrastant avec des plastiques plus basiques en partie basse.
Sur le plan esthétique, le design intérieur de l’E5, à l’image de son extérieur, arbore une modernité discrète mais manque d’originalité. Avec son volant à deux branches, ses multiples écrans et une ambiance générale passe-partout, il reprend les codes standards des véhicules chinois actuels. Une identité plus affirmée, comme celle proposée par un BYD Atto 3 avec ses touches plus excentriques, pourrait sans doute aider le véhicule à mieux se faire connaître et à marquer les esprits.
Sur la route : le confort avant tout
La philosophie de conception du Geely E5 se manifeste clairement une fois au volant : le confort est érigé en priorité absolue, quitte à sacrifier certaines dynamiques de conduite. La suspension, encore plus souple que celle du Starray – dont il partage la plateforme – donne une sensation de flottement. Cette impression de conduire une voiture « typée américaine ou chinoise », non spécifiquement calibrée pour les routes européennes, est palpable.
Tout est ajusté pour une conduite douce : la direction offre un ressenti artificiel, la commande de frein manque de mordant et l’amortissement passif est très lâche. L’absence d’un mode « one-pedal » est à noter pour les adeptes de la mobilité durable. Aussi pataud que le Starray, le Geely E5 n’invite pas à une conduite brusque, mais il excelle à filtrer les imperfections de la route, proposant un compromis comportement-confort finalement plus réussi. Pour ceux qui recherchent une expérience de conduite débonnaire et reposante, ce SUV chinois remplit parfaitement son contrat.

Des performances étonnamment vives pour le Geely E5
Si l’expérience hybride rechargeable du Starray avait laissé un goût d’inachevé en termes de performances et de bruit, le Geely E5 se démarque positivement sur ces deux aspects. Le silence à bord est, sans surprise pour un véhicule électrique, un atout majeur. Malgré une insonorisation comparable à celle de son équivalent hybride, l’absence de vibrations et de bruits mécaniques du moteur thermique rend la conduite intrinsèquement plus sereine et moins fatigante.
Le dynamisme de la Geely E5 est étonnant. Malgré une puissance inférieure à celle du Starray (218 ch contre 262 ch), les accélérations sont franches et décapantes. Le 0 à 100 km/h est abattu en 6,9 à 7,6 secondes, une nette amélioration par rapport aux 8 à 8,2 secondes du Starray. Ce gain de vivacité s’explique notamment par un couple plus élevé, atteignant 320 Nm, contre 262 Nm pour la version hybride rechargeable. De plus, contrairement à certaines problématiques de motricité rencontrées sur le Starray, l’E5 tire un bon parti de sa monte pneumatique Goodyear, gérant efficacement son couple sans perte d’adhérence.
Autonomie et prix : les enjeux de la compétitivité en 2026
L’évaluation des consommations du Geely E5, réalisée sur un essai court et sur un parcours limité à 110 km/h en Bretagne, ne permet pas une conclusion définitive. Geely annonce une consommation moyenne de 16,9 kWh/100 km, une valeur qui semble atteignable dans des conditions optimales, mais qui ne positionne pas le véhicule comme le plus sobre de sa catégorie. Sans dépasser les 110 km/h, une moyenne de 17 kWh/100 km reste dans la fourchette haute du segment.
Concernant l’autonomie batterie, le modèle d’essai équipé d’une batterie de 68,39 kWh promet environ 400 km selon le cycle WLTP. Cette valeur est honorable, mais sans plus, face à une concurrence qui tend à proposer des capacités plus généreuses. Par exemple, un Tesla Model Y peut offrir 75 kWh, le e-3008 de 73 à 97 kWh, ou le Renault Scenic de 67 à 89 kWh. De surcroît, la version d’entrée de gamme de l’E5 se contente d’une batterie de 60 kWh, réduisant davantage son rayon d’action. La puissance de charge rapide est également un point d’interrogation, avec des sources annonçant 100 kW (ce qui est faible) ou 160 kW (plus acceptable), sans certitude.
Un positionnement tarifaire à double tranchant
L’argument principal du Geely E5 est souvent avancé comme étant son prix. Cependant, la réalité sur le marché français en 2026 tempère cette affirmation. Affiché à 41 990 € dans sa version d’essai Max+ richement équipée, le Geely E5 peine à se démarquer de la concurrence. L’absence de bonus écologique, due à sa fabrication hors d’Europe, constitue un handicap majeur qui ne peut être ignoré. Ce facteur annule l’avantage potentiel d’un tarif compétitif, rendant son acquisition moins attractive pour les consommateurs français.
À titre de comparaison, pour un prix similaire, il est possible d’acquérir le Subaru Uncharted en version grande autonomie, équipé d’une batterie de 77 kWh et offrant une autonomie de 588 km. Pire encore, pour moins de 40 000 €, le Renault Scenic d’entrée de gamme propose 220 ch, une batterie de 67 kWh et 467 km d’autonomie, sans compter le bénéfice du coup de pouce étatique. Le Geely E5 se retrouve ainsi dans une position délicate, où ses qualités intrinsèques sont mises à l’épreuve par un contexte tarifaire et réglementaire européen exigeant.








