Histoire d'auto : comment Audi est devenu premium - Automag.fr

Histoire d’auto : comment Audi est devenu premium

 

 

203 kilomètres séparent le siège d’Audi, à Ingolstadt, et l’usine de Neckarsulm. Au milieu des années 1980, l’Autobahn A6 était régulièrement empruntée par deux ingénieurs de formation. L’un d’eux était Ferdinand Piëch, vice-président de la marque aux anneaux. Petit, sec, colérique, souvent glacial. Le second était le responsable des moteurs, Fritz Indra : « Piëch roulait toujours incroyablement vite. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça : « Vous savez, dans chaque BMW et Mercedes que nous dépassons, il y a un futur acheteur d’Audi » » (1). Malgré le succès d’estime du coupé Quattro ou les victoires en rallye, l’affirmation pouvait alors sembler pittoresque. Vingt ans après la renaissance d’Audi (voir Auto Moto de septembre), l’Allemand moyen plaçait la marque du groupe Volkswagen dans le même panier que Ford ou Opel. Pire, les ambitions de Piëch allaient bientôt se heurter à deux obstacles. 

Le pied sur le frein

Tic-tac-tic-tac-tic-tac et un chronomètre à l’image. Les téléspectateurs américains connaissent l’indicatif de l’émission d’investigation 60 Minutes, retransmise sur le réseau CBS. En novembre 1986, elle diffusa un reportage intitulé Out of control (« Hors-contrôle »). En un peu plus de 1000 secondes, le journaliste Ed Bradley évoquait « des centaines et des centaines d’accidents » liés à l’Audi 5000, grande berline appelée 200 chez nous. Des conducteurs témoignaient : au moment de mettre le sélecteur de rapport sur D ou R, leur véhicule avait soudainement accéléré, générant de la tôle froissée et de grosses frayeurs. L’enquête présentait de surcroît une lettre de rappel au sujet d’un ralenti sujet à défaillance.

Audi répondit qu’il n’y avait aucun défaut sur la voiture et que les conducteurs avaient malgré eux appuyé sur l’accélérateur… « Mes deux pieds étaient sur le frein ! » s’exaspérait un propriétaire. Trois ans plus tard, la National Highway Traffic Safety Administration, chargée de la sécurité routière trancha : pas de défaut majeur sur la 5000, mais une configuration du pédalier – à l’européenne, avec frein et accélérateur proches – pouvant prêter à confusion pour un automobiliste US. Dans l’intervalle, la marque avait fait installer un mécanisme imposant d’avoir le pied sur le frein au moment d’engager la marche avant ou arrière. La chute fut douloureuse : le nombre d’Audi neuves immatriculées sur le sol américain chuta de 74 000 en 1985 à 12 000 en 1991.

Et en Europe, le contexte s’assombrit aussi. Après la disparition du mur de Berlin, l’Allemagne réunifiée entra dans une très sérieuse récession. Ferdinand Piëch, patron d’Audi depuis 1987, devint big boss du groupe Volkswagen au 1er janvier 1993. Au 13e étage de la direction, à Wolfsburg, il avait désormais les mains libres. Mais aussi de graves problèmes à affronter. VW afficha plus de deux…

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