Le monde du sport automobile est en ébullition alors que la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) se trouve à un carrefour décisif concernant sa gouvernance. Son président, Mohammed Ben Sulayem, fraichement réélu fin 2025 sans opposition, porte un projet audacieux : la suppression pure et simple de la restriction des mandats à la tête de l’institution. Cette proposition, qui vise à abolir la limite actuelle de trois mandats, soit douze ans, soulève déjà de nombreuses questions sur l’avenir de la démocratie interne et la stabilité des règles qui régissent le championnat mondial. Alors que l’Assemblée Générale doit se prononcer sur cette modification statutaire cruciale, les observateurs s’interrogent sur les motivations profondes et les implications d’une telle mesure, d’autant que des propositions parallèles visent à durcir les conditions d’accès à la candidature, cristallisant les inquiétudes autour d’un potentiel verrouillage de la présidence.
En bref :
- Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, propose d’abolir la limite de trois mandats pour la présidence.
- La restriction actuelle de 12 ans est inscrite dans l’article 20.10 des statuts de la FIA, héritage de la présidence de Jean Todt.
- Cette modification statutaire sera soumise au vote de l’Assemblée générale de la fédération ce mois-ci, avec une approbation largement anticipée.
- La FIA justifie cette réforme par la volonté d’établir une « approche cohérente » en matière de durée de fonctions pour l’ensemble de ses instances, citant l’exemple de la NFL.
- Parallèlement, des mesures supplémentaires sont envisagées pour durcir les conditions de candidature à la présidence, incluant une expérience requise au sein de la FIA et un délai allongé pour présenter la liste des vice-présidents.
- Ces changements interviennent après l’élection controversée de Ben Sulayem en 2025, où l’absence d’adversaire était liée à une réglementation limitant les candidats.
La proposition choc de Ben Sulayem pour la fin des mandats présidentiels à la FIA
L’actualité brûlante du sport automobile est dominée par une initiative majeure portée par Mohammed Ben Sulayem, l’homme fort de la Fédération Internationale de l’Automobile. Selon des informations initialement révélées par la BBC et confirmées par Motorsport.com, le président émirati a lancé un projet visant à supprimer la limite des mandats présidentiels à la FIA. Âgé de 64 ans, Ben Sulayem est actuellement dans son second mandat, après une réélection fin 2025 qui s’était déroulée sans la moindre opposition, un fait qui avait déjà soulevé quelques interrogations au sein des instances de gouvernance.
Les règles actuelles, gravées dans l’article 20.10 des statuts de la FIA, sont claires : il est impossible d’exercer plus de trois mandats, qu’ils soient consécutifs ou non, soit une durée maximale de douze ans. Cette disposition avait été instaurée sous la présidence de Jean Todt, qui, prenant les rênes de l’organisation en 2009, avait scrupuleusement respecté cette règle en quittant ses fonctions fin 2021. Avant lui, Max Mosley avait dirigé l’instance de 1993 à 2009, son départ étant davantage lié à des désaccords majeurs avec les écuries et à des affaires personnelles, plutôt qu’à une limite de durée de fonction. Le projet de Ben Sulayem, visant la fin des mandats, est désormais sur toutes les lèvres et sa validation dépendra d’une modification statutaire, soumise au vote de l’Assemblée générale le mois prochain.
Une « cohérence » de la réglementation invoquée par la FIA
Face aux interrogations que suscite cette proposition, un porte-parole de la FIA s’est exprimé auprès de Motorsport.com, expliquant la démarche par la volonté de « mettre en place une approche cohérente en matière de mandat au sein de toutes les instances de la FIA ». Selon cette déclaration, l’objectif serait d’aligner la réglementation sur ce qui est déjà en vigueur pour les Conseils mondiaux et le Sénat, dont les membres ne sont soumis à aucune restriction de durée. Il est également prévu que d’autres postes clés, tels que le président du comité antidopage ou celui du comité sur le plafond budgétaire en F1, se voient également libérés de ces contraintes de mandats. La gouvernance interne de la FIA se verrait ainsi uniformisée, du moins pour certains aspects.
Interrogé par la BBC sur la raison de cette suppression plutôt que d’une généralisation de la limite à tous les postes, le porte-parole n’a pas fourni de réponse directe. Il a cependant fait référence à l’exemple de la NFL et de son commissaire, Roger Goodell, qui, en poste depuis 2006, aurait « fait de ce sport une marque mondiale, avec un bilan remarquable en matière de gouvernance ». Cette comparaison suggère l’idée qu’une continuité à la tête de l’organisation pourrait être bénéfique pour le développement et l’influence du sport automobile à l’échelle mondiale. Néanmoins, l’absence d’une explication plus détaillée sur ce point alimente les débats sur les réelles motivations derrière cette volonté de fin des mandats.
Renforcer les conditions de candidature : Un chemin ardu vers la présidence de la FIA
Au-delà de la suppression de la restriction des mandats, le dossier des réformes statutaires de la FIA révèle d’autres propositions potentiellement structurantes pour l’avenir de la présidence. La BBC rapporte ainsi que, dans le sillage des modifications déjà apportées avant l’élection de l’an passé – des changements qui avaient fortement contribué à réduire le nombre de candidats potentiels – d’autres mesures sont envisagées pour durcir encore les conditions d’accès à la candidature. Parmi celles-ci, on retrouve l’exigence pour les aspirants à la présidence de justifier d’une « expérience suffisante au sein d’un organisme membre de la FIA ou d’une instance de la FIA ».
De plus, la date limite pour déposer la liste complète des vice-présidents par les candidats pourrait être considérablement allongée, passant de 49 à 100 jours avant l’élection. Ces deux mesures, si elles venaient à être validées, rendraient sans aucun doute plus complexe et exigeante la tâche de toute personnalité souhaitant se porter candidate face à un président en exercice. Il est crucial de se souvenir que l’élection de Ben Sulayem en 2025 s’était jouée bien avant le scrutin. Une règle complexe exigeait alors de fournir une liste de vice-présidents du sport, tous devant être membres du Conseil mondial et représenter chacune des six régions du monde. Or, pour la région Amérique du Sud, seule Fabiana Ecclestone était éligible, et elle faisait déjà partie de l’équipe de Ben Sulayem, rendant de fait toute autre candidature impossible. Laura Villars, une autre aspirante à la présidence, a d’ailleurs saisi la justice en fin d’année dernière pour contester la validité de cette élection, soulignant les enjeux cruciaux de la réglementation interne de la FIA et son impact sur la gouvernance du championnat mondial.







