Le marché des flottes, loin de retrouver sa vigueur d’antan, est en pleine mutation. Derrière des volumes d’immatriculations encore hésitants en 2026, l’électrification s’impose comme le moteur incontournable de la demande, redéfinissant les équilibres établis chez les constructeurs français. Cette dynamique paradoxale voit les véhicules à batterie capter l’essentiel des nouvelles commandes, tandis que les motorisations thermiques reculent, forçant une adaptation industrielle rapide. Certains acteurs, à l’image de Renault, semblent avoir une longueur d’avance dans cette transition énergétique, capitalisant sur une offre déjà mature. D’autres, comme Peugeot, naviguent une période plus délicate, où la montée en puissance des véhicules électriques doit compenser l’érosion de leurs ventes historiques. La compétition ne se limite plus à la seule performance commerciale, mais à la capacité d’innover et de répondre aux nouvelles exigences de la mobilité électrique.
En bref :
- Le marché des flottes est transformé par l’électrification, marquant un basculement plutôt qu’une expansion.
- Les ventes de véhicules électriques en B2B ont bondi de 65,7 % sur les quatre premiers mois de 2026, atteignant près de 40 % sur certains segments professionnels.
- Renault, avec le Scenic E-Tech en tête des ventes flottes, creuse l’écart, bénéficiant d’une gamme électrifiée bien établie.
- Peugeot observe une érosion de ses ventes thermiques, malgré les succès de modèles comme le e-3008, le modèle électrique le plus vendu en flottes pour la marque.
- Citroën connaît un rebond significatif grâce à sa C3 et sa version électrique, l’ë-C3.
- La transition énergétique des flottes est accélérée par les réglementations et incitations fiscales, tout en étant fragilisée par la remise en question de certains usages automobiles traditionnels.
Le marché des flottes : une électrification sans précédent des véhicules d’entreprise
L’année 2026 confirme une tendance de fond inéluctable pour le secteur des flottes automobiles. Les immatriculations, bien qu’encore loin de leur niveau d’avant-crise, révèlent une transformation profonde du mix énergétique. Le phénomène n’est pas tant une reprise globale des volumes qu’un véritable transfert massif vers la mobilité électrique. Sur les quatre premiers mois de l’année, les chiffres sont éloquents : les ventes de voitures électriques en B2B ont connu une croissance spectaculaire de 65,7 %, passant de 31 574 exemplaires en 2025 à 52 472 unités. Cette progression rapide positionne l’électrique à près de 40 % sur certains segments professionnels, et les projections de Mobilians estiment même que les voitures à batteries pourraient capter environ 47 % du marché d’ici la fin de l’année. Cette performance illustre une réduction des émissions de plus en plus prise au sérieux par les entreprises, pressées par les contraintes réglementaires et les incitations fiscales. C’est une véritable révolution silencieuse qui redessine le paysage des flottes automobiles.

Les constructeurs français face au défi de la transition énergétique
Dans ce contexte effervescent, les positions des constructeurs français sont mises à l’épreuve. Renault émerge comme le grand gagnant de cette transformation. Avec le Scenic E-Tech en tête des ventes toutes énergies confondues depuis le début de l’année sur le segment des flottes, la marque au losange s’octroie près d’un véhicule sur cinq immatriculé. Cette avance n’est pas le fruit du hasard, mais la validation d’une stratégie d’innovation automobile amorcée dès la fin des années 2010. Elle s’appuie sur une gamme électrifiée déjà robuste et une capacité à répondre efficacement aux impératifs des entreprises, notamment en matière de fiscalité des véhicules électriques. Cette dynamique illustre l’importance d’une préparation anticipée face aux mutations du marché, un atout précieux dans la course à l’électrification.
L’adaptation industrielle : enjeux et repositionnements des marques tricolores
Face à l’élan de Renault, Peugeot doit composer avec une réalité plus complexe. Si ses modèles électriques gagnent indéniablement du terrain, à l’image du e-3008, le modèle électrique le plus vendu pour la marque en flottes (1 369 unités depuis janvier 2026), la marque au lion subit de plein fouet l’érosion de ses ventes thermiques. Ces dernières, encore prépondérantes dans son mix produit, fragilisent ses équilibres historiques. Pour le constructeur, l’enjeu est de taille : réussir sa transition énergétique sans renoncer trop brutalement à ses positions acquises. Cette période exige de l’audace et une réorientation stratégique pour s’aligner sur les nouvelles attentes du marché des flottes. L’évolution de l’offre, comme la présentation de nouveaux concepts ou la refonte de modèles existants, demeure cruciale pour maintenir sa compétitivité face à la demande croissante pour des véhicules électriques, comme on peut le voir avec les initiatives autour des concept-cars Peugeot.
Citroën rebondit tandis que la concurrence s’intensifie
Citroën, de son côté, montre un dynamisme prometteur après une année 2025 plus difficile. Son rebond est le fruit d’un renouvellement de gamme ciblé, avec la C3 comme fer de lance. Le succès de ce modèle (5 150 exemplaires depuis le début de l’année), dont 1 438 versions électriques (ë-C3), témoigne de la capacité de la marque à proposer une offre d’électrification pertinente et accessible aux usages professionnels. Néanmoins, l’ensemble du marché des flottes reste fragmenté, avec une hiérarchie fluctuante selon la capacité des marques à fournir des solutions de mobilité électrique à la fois performantes et adaptées aux besoins concrets des entreprises. L’évolution rapide des infrastructures de recharge et les attentes en matière de gestion des flottes rendent l’adaptation industrielle des constructeurs français plus que jamais essentielle. La compétition, qu’elle soit européenne ou asiatique, ne cesse de s’intensifier, obligeant à une veille constante et à une agilité sans faille, notamment concernant les défis liés à l’électrification des flottes.







