Formule 1 - Adrian Newey le "dinosaure" : les titres constructeurs de Red Bull, c'est lui - Automag.fr

Formule 1 – Adrian Newey le « dinosaure » : les titres constructeurs de Red Bull, c’est lui

Avec 12 titres Pilotes et 11 titres Constructeurs, depuis dimanche, Adrian Newey est indéniablement une légende de la Formule 1. Dans l’ombre des champions de la piste, l’ingénieur de Red Bull Racing fait partie de ces rares personnages du paddock qui ont accédé au rang d’icône de leur sport en sept décennies de championnat du monde. Il faut le placer dans la lignée des inventifs Colin Chapman, Gordon Murray, John Barnard et Ross Brawn, qui ont fréquenté le succès avec assiduité. Et son palmarès XXL le situe peut-être au premier rang d’entre eux.

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Mais plus que ceux-ci, le Britannique de 63 ans, qui donne peu d’interviews et laisse la lumière à Christian Horner ou Helmut Marko chez Red Bull Racing, n’a jamais cherché dans la médiatisation une forme de reconnaissance. Dessiner les monoplaces les plus sophistiquées dans la confidentialité d’un bureau d’études lui suffit, et quelques histoires autour de ses méthodes de travail finissent d’alimenter son profil romanesque.

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Adrian Newey, Max Verstappen et Christian Horner (Red Bull), le 2 octobre 2022 à Singapour

Crédit: Getty Images

Une March meilleure que la Williams

« Adrian est le seul employé de l’écurie à ne même pas savoir allumer un ordinateur », aime raconter Christian Horner, le directeur de l’écurie de Milton Keynes. C’est incroyable mais c’est vrai. Diplômé en aéronautique de l’université de Southampton en 1980, l’Anglais a toujours refusé de suivre l’informatisation rampante. Peut-être parce qu’à cette époque on ne modélisait pas encore les flux aérodynamiques sur les carrosseries des bolides. On peut le voit sur de rares photos devant sa planche à dessin. Avouant être un « dinosaure », il préfère esquisser les formes de ses monoplaces à travers l’aspect aérodynamique, avant de tracer lui-même les contours des pièces qui constitueront l’ensemble. « A l’exception de la mienne, toutes les planches à dessin ont probablement disparu au milieu des années 90 », confie-t-il à AutoHebdo, il y a dix ans.

Entré dans la modeste équipe de Formule 1 Fittipaldi parce que c’est la seule qui a répondu « aux CV envoyés à toutes les équipes de la terre », Adrian Newey ne pense pourtant pas durer dans le métier. « Après six mois, j’étais étonné de ne pas avoir été viré », dira-il. Mais l’écurie Fittipaldi déclinante, il décide alors de passer par la case CART aux Etats-Unis, où ses March brillent avec notamment deux titres, puis il revient en Formule 1 en 1986. Pour le compte de l’écurie de Carl Haas tout d’abord, puis March dont les châssis sont exploités par l’écurie Leyton House. Tout ça avec peu de moyens, beaucoup d’idées, et un principe : mettre en avant l’aérodynamique pour compenser le manque de puissance de ses monoplaces et confondre les « paresseux », tenants du turbo, qui se satisfont de braquer un peu plus les ailerons avec tous les chevaux dont ils disposent.

Ce principe, Adrian Newey l’applique parfois jusqu’à l’extrême, comme en 1990, où deux semaines après la double non-qualification de ses monoplaces turquoises sur le circuit bosselé de Mexico, Ivan Capelli est seulement battu par Alain Prost (Ferrari) à trois tours de la victoire sur le « billard » du Castellet.

Adrian Newey (Red Bull) lors du Grand Prix d’Australie 2014

Crédit: AFP

« Il n’a pas d’ordinateur, juste sa planche à dessin »

Cette dépendance au revêtement parfaitement lisse va précipiter son destin. Remercié par son employeur pour les prestations irrégulières de ses machines, il trouve immédiatement refuge chez Williams pour une bonne raison : sa March de 1988 était meilleure que la Williams dessinée par Patrick Head, également à moteur Judd.

Dès lors, l’histoire est en marche et ne va jamais s’arrêter, si ce n’est dans le drame. Deux ans après la Williams FW14B révolutionnaire à suspension hydraulique, Ayrton Senna se tue à Imola au volant de sa voiture. La justice le disculpera mais ce triste chapitre de sa carrière continue encore de le hanter.

Avec le V10 Renault, les voitures de Frank Williams dominent la scène des Grands Prix (Prost, Hill, Villeneuve champions) mais le retrait du Losange change la donne. Et devant l’impossibilité de devenir actionnaire de Williams, il rejoint McLaren le 1er août 1997. En trois mois, il conçoit la meilleure monoplace du championnat du monde 1998, et Mika Häkkinen entre dans le cercle fermé des double champions du monde. Avec cependant un regret. « Williams était surtout l’affaire passionnée de Frank (Williams) et Patrick (Head, le directeur technique), ce qui pouvait être frustrant parfois, se souvient-il. Mais il y avait cette sensation d’être à la maison, et Patrick me laissait une réelle liberté d’action. McLaren, c’est davantage un esprit d’esprit façon IBM. »

Lassé par la rigidité de l’écurie de Ron Denis en matière d’organisation et de procédures de design, usé aussi par les intrigues politiques, il rejoint finalement Red Bull Racing en 2005, avec le succès que l’on connaît. Sur la bases d’une équipe Jaguar qui n’a jamais fait peur à personne, il recrute principalement chez Renault et McLaren, sans se tromper, car une dizaine d’années plus tard, sa garde rapprochée lui est toujours fidèle.

Adrian Newey, Patrick Head, Alain Prost (Williams) au Grand Prix de Saint-Marin 1993

Crédit: Getty Images

« Ce qu’il dessine est correct à 95% »

Approché par Ferrari qui cherche à casser l’hégémonie Red Bull comme elle l’a fait avec Benetton en débauchant le trio Michael Schumacher – Ross Brawn – Rory Byrne, Adrian Newey répond à la Scuderia qu’il ne se voit pas déménager avec sa famille en Italie. Il tient aussi à l’indépendance que lui offre Christian Horner mais montre néanmoins une baisse de motivation en voyant les difficultés du V6 Renault hybride à partir de 2014.

« Newey est un facteur crucial, assure Helmut Marko, conseiller sportif de RBR, à Motorsport News. Quand le nouveau règlement est arrivé (en 2017), nous étions complètement largués. A partir de Barcelone, nous avons de nouveau eu une voiture compétitive. Ça, c’est Newey. Il voit ce qu’il ne va pas, même au stade du dessin, sans données techniques. Il dit : ça ne marchera pas. Il n’a pas d’ordinateur. Il a juste sa planche à dessin. N’importe qui d’autre retranscrirait ça en langage informatique pour comprendre. Mais ce qu’il dessine est correct à 95%. »

Helmut Marko a déniché une nouvelle pépite, Max Verstappen, destinée à poursuivre les succès de Sebastian Vettel au début des années 2010, mais Adrian Newey n’y trouve pas son compte avec le Renault.

Le cerveau cherche à se diversifier pour entretenir la flamme, quitte à se replonger dans la Formule 1 plus tard. C’est alors que Red Bull profite du partenariat de sponsoring avec Aston Martin en Formule 1 pour lui confier la conception d’un prototype. « Newey ne veut plus d’une journée de travail normale, explique alors Helmut Marko à Motorsport News, début 2019. Il travaille pour nous sur un forfait à la journée. Il était vraiment fasciné par le projet Valkyrie. Il faut toujours lui proposer des nouvelles taches. S’il sait qu’il n’y a aucune chance avec le moteur, on n’a plus le même Newey. Un Newey motivé est un énorme atout. »

Adrian Newey et Ron Dennis (McLaren) au Grand Prix de Hongrie 1998

Crédit: Getty Images

Horner le préférait à Schumacher

Le projet Valkyrie en question est une Hypercar répondant à la future réglementation des 24 Heures du Mans. Elle ne prendra pas la piste mais deviendra une pièce de musée sur décision de Lawrence Stroll, boss d’Aston Martin.

Heureusement, Honda sera le miracle auquel on ne croyait plus. Peut-être sous l’impulsion d’Adrian Newey, la firme nippone décide de changer l’architecture de son V6. De pire moteur du plateau chez McLaren, le propulseur s’invite dans le match avec Mercedes. Et de nouveau régulièrement sur la plus haute marche des podiums. Pour revivre ses plus belles heures grâce à « Super Max » et une équipe qui a trouvé son rythme de croisière.

« Si j’avais le choix entre Adrian Newey et Michael Schumacher, je choisirais Adrian à chaque fois », avait expliqué Christian Horner, lors de l’officialisation de l’arrivée d’Adrian Newey à Milton Keynes. Depuis, les événements n’ont fait que conforter cette vision et Adrian Newey reste l’inspirateur des projets de Red Bull Racing en Formule 1. Pierre Waché est l’auteur de sa RB16B qui mène Max Verstappen au titre en 2021, puis en 2022, et le Britannique assure n’avoir dessiné que les suspensions avant et arrière, plus quelques pièces de la monoplace bleu marine. Sous sa direction, son équipe technique a surtout négocié comme aucune autre le virage de l’effet de sol et Helmut Marko se charge de pérenniser ces succès.

Avec un règlement stabilisé jusqu’en 2025, il s’est donné pour mission de verrouiller les contrats des principaux collaborateurs d’Adrian Newey jusqu’à cette échéance. Newey n’a pas fini de rôder sur les grilles de départ avec son célèbre calepin pour noter ses idées et tout ce qu’il remarque.

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