Le doigt d’honneur au radar automatique : bonne idée ou pas ?

Le doigt d’honneur au radar automatique : bonne idée ou pas ?

Un automobiliste allemand vient d’être condamné à une amende de 75 fois le montant habituel pour avoir levé son doigt à destination du radar… Que risque-t-on en France ?

 

Des éléments de réponse… Par Jean-Baptiste le Dall, Avocat à la Cour, Docteur en Droit

 

La presse allemande s’est récemment faite l’écho de la lourde condamnation subie par un conducteur allemand contrôlé en excès de vitesse. Le cliché photographique pris au moment de l’infraction montre le conducteur avec le doigt levé dans un geste non équivoque.

 

Ce conducteur aurait donc été condamné à 75 fois le montant de l’amende initialement prévu, ce passage devant la justice s’accompagnant d’une suspension provisoire de son permis de conduire pendant un mois.

 

On rappellera aux conducteurs français et plus largement aux conducteurs francophones que la loi allemande s’applique sur le territoire allemand quelque soit la nationalité du contrevenant. Le lecteur aura donc compris qu’il lui est déconseillé de reproduire le même geste outre-Rhin…

 

Quid en France ?

 

Si l’idée du doigt d’honneur en Allemagne peut en intéresser certains, d’autres se poseront immédiatement la question du risque encouru en France.

 

Le conducteur français étant par essence très respectueux des règles et surtout des radars automatiques, la jurisprudence française a déjà eu à connaître de cette question des plus sensibles.

 

Les réquisitions du procureur de Roanne à l’époque (en 2018) avaient été particulièrement lourdes puisque avaient été demandés entre deux et quatre mois d’emprisonnement pour outrage à une personne chargée d’une mission de service public.

 

Le parquet considérait effectivement que le doigt d’honneur ne s’adressait pas au radar automatique mais bien au personnel de chair et d’os décryptant les clichés derrière leurs ordinateurs

 

Le conducteur poursuivi niait les faits, en expliquant que le geste était en réalité adressé à sa passagère et non aux radars.

 

D’un point de vue plus juridique son conseil avait insisté sur le fait qu’aucun texte n’incriminait un « outrage à machine ».

 

Pas de texte d’incrimination pour l’outrage à radar

 

Le conducteur a finalement été relaxé du chef de prévention d’outrage, il n’est cependant pas reparti les mains vides du tribunal… mais avec les poches vides et un relevé de condamnation pénale. Un bout de ruban adhésif s’était malencontreusement collé à sa plaque le jour où ce conducteur avait été contrôlé en excès de vitesse et le doigt levé…

 

Agiter le chiffon rouge ?

 

Si la jurisprudence semble moins sévère en France qu’en Allemagne, on pourra rappeler aux conducteurs en colère que la Loi du 18 novembre 2016 est venu discrètement modifier les dispositions de l’article R. 130-11 du Code de la route.

 

« Font foi jusqu’à preuve du contraire les constatations, effectuées par ou à partir des appareils de contrôle automatique ayant fait l’objet d’une homologation, relatives aux infractions sur :

1° Le port d’une ceinture de sécurité homologuée (…) :

2° L’usage du téléphone tenu en main (…) ;

3° L’usage de voies et chaussées réservées à certaines catégories de véhicules (…) ;

4° La circulation sur les bandes d’arrêt d’urgence ;

5° Le respect des distances de sécurité entre les véhicules ;

6° Le franchissement et le chevauchement des lignes continues ;

6° bis Le sens de la circulation ;

7° Les signalisations imposant l’arrêt des véhicules ;

8° Les vitesses maximales autorisées ;

9° Le dépassement ;

10° L’engagement dans une intersection ou dans l’espace compris entre les deux lignes d’arrêt prévu à l’article R. 415-2 ;

11° L’obligation du port d’un casque ;

12° L’obligation, pour faire circuler un véhicule terrestre à moteur, d’être couvert par une assurance . »

 

Le législateur en 2016 a notamment remplacé l’expression « par des appareils de contrôle automatique » par celle plus dangereuse pour les contrevenants de « par ou à partir des appareils de contrôle automatique »…

Désormais, les agents ont donc la possibilité de constater à partir d’un cliché photographique toutes les infractions listées à l’article R. 130-11 du Code de la route autant dire qu’un agent motivé par un doigt d’honneur pourrait mettre en œuvre toute sa sagacité pour traquer la moindre infraction sur la photographie…

 

 

LE DALL AVOCATS – Droit Automobile – Permis de conduire

contact@maitreledall.com

 

Crédit Image : par tookapic de Pixabay 

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