L’édito du rédacteur en chef : « le coup du bonneteau » - Automag.fr

L’édito du rédacteur en chef : « le coup du bonneteau »

Vous connaissez sûrement l’expression “serpent de mer”, qui qualifie ces histoires, plus ou moins fantasmées, qui reviennent régulièrement sur le devant de la scène sans jamais se concrétiser.

Dans l’univers automobile, ce monstre a depuis longtemps pris la forme d’une hydre à trois têtes: la voiture volante, le véhicule 100% autonome et le moteur à hydrogène. Tête d’affiche de la bande, la première fait rêver depuis que l’automobile est automobile. Avec le temps, quelques Géo Trouvetou ont bien fini par résoudre cet incroyable défi technique. Mais aussi abouties soient-elles, leurs inventions se heurtent au “petit” problème de la réglementation du trafic aérien qui, à défaut d’être réputée pour sa grande souplesse, empêche justement que des milliers de conducteurs ne s’entretuent quotidiennement dans des crashs de voitures volantes. En fait, la seule probabilité devoir un jour, comme dans les films de science-fiction, des cohortes d’autos sillonner le ciel des grandes métropoles repose sur un autre serpent de mer, à savoir la voiture qui se conduit “toute seule”. Or, même si, dans ce domaine, les avancées technologiques et législatives sont réelles, elles progressent aussi rapidement qu’une Dacia Spring sur autoroute. Reste donc la troisième roue de ce carrosse de conte de fées : l’hydrogène.

Aujourd’hui parfaitement maîtrisée, la technologie de la pile à combustible permet à une voiture de fabriquer sa propre électricité en utilisant le fameux “H” de H2O. Exit donc les batteries, ces modèles font presque tout comme les électriques, mais sans leurs inconvénients. Leur autonomie peut ainsi dépasser les 1000 km, et ils se ravitaillent aussi promptement et aisément qu’une voiture “normale”. Surtout, les seuls rejets qu’ils laissent derrière eux ne sont que des gouttelettes d’eau pure, tout en se révélant aussi pratiques et polyvalents qu’un diesel. Idéal pour dépolluer l’air irrespirable des grandes villes. Le hic, c’est que l’hydrogène a beau être partout autour de nous, il ne suffit pas de se baisser pour en ramasser. Cette molécule est un véritable casse-tête à transformer en carburant et nécessite pour cela des quantités astronomiques… d’électricité. Le rendement énergétique de ces autos se révèle ainsi nettement moins bon que celui des voitures au lithium. D’autant que, pour faire baisser les coûts de production de l’hydrogène liquide, les industriels font appel à des carburants fossiles. Une gabegie en matière de bilan carbone, quine les empêchera pas de recevoir un joli label écolo du gouvernement, qui s’apprête à inclure dans sa définition de l’hydrogène “bas carbone” tout et n’importe quoi, du moment que le CO2 est capté ou compensé. Autrement dit, il suffit de planquer tout ça sous le tapis, que ce soit en plantant des arbres ou en refilant le bébé à d’autres boîtes grassement payées pour faire disparaître ce CO2 à grands coups d’enfumage. Ou comment la bonne vieille entourloupe du bonneteau, dans lequel les parieurs cherchent la dame de cœur sous des gobelets, peut trouver un improbable écho dans les plus hautes sphères de l’Etat.

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