Automobile : la mort programmée des petites citadines thermiques

Automobile : la mort programmée des petites citadines thermiques

Les constructeurs mondiaux désinvestissent les uns après les autres le segment des petites voitures de ville, qui seront les premières victimes industrielles directes des durcissements réglementaires à l’échelon mondial.

Peu polluantes… Mais menacées d’extinction

Et pourtant… Développées en masse par l’ensemble des constructeurs à la fin des années 90, ces petites voitures ont été inspirées par les Kei-Cars japonaises, précisément pour développer des véhicules peu encombrants et peu polluants, de nature à offrir à la clientèle des voitures pratiques à usage urbain. C’est ainsi que sont nées les Smart, Citroën C1/Peugeot 108/Toyota Aygo, ou encore la Volkswagen Up!

Des véhicules qui sont à l’origine également d’importantes recherches sur les moteurs, de manière à les rendre efficaces et peu polluants : cette époque a d’ailleurs vu l’émergence et la croissance exponentielle des moteurs thermiques à 3 cylindres, peu gourmands en carburant et peu émetteurs de CO2. Une technologie qu’on a même vue essaimer dans les catégories de voitures de taille supérieure, avec comme effet de faire baisser la moyenne générale des émissions de CO2 des constructeurs.

Inflation des coûts

Mais de manière curieusement contradictoire, ce sont les nouvelles réglementations automobiles mondiales qui sont en train de tuer à petit feu ce secteur des micro-voitures de ville. « Entre les normes de sécurité et les règles anti-pollution toujours plus sévères, chaque constructeur va devoir incorporer l’équivalent de milliers d’euros de nouveaux équipements dans les voitures », remarque Max Warburton, analyste chez Bernstein.

Sur des modèles plus gros, trouver un point d’équilibre coût/rentabilité est relativement simple. « On peut jouer sur la marge pour couvrir les dépenses et trouver un compromis acceptable sur des berlines ou des compactes, par exemple. Mais impossible sur des micro-voitures aux coûts de production déjà extrêmement serrés » ajoute Max Warburton.

Non-sens économique

De fait, la plupart de ces voitures sont construites via des alliances (PSA/Toyota pour la Peugeot 108/Citroën C1/Toyota Aygo, Daimler et Renault pour la Smart/Twingo, synergie interne Volkswagen pour la Up!/Mii/Citigo), et dans des pays à coûts de production modérés (République Tchèque et Slovénie notamment). Impossible d’empiler des coûts de fabrication et de technologie supplémentaires sur des modèles qui, de plus, n’ont jamais été rentables pour la plupart des constructeurs.

L’existence de ce segment devient donc un non-sens économique en tant que tel. Et les constructeurs, face à la gigantesque transformation qu’ils sont en train d’affronter avec l’émergence de l’électrification et des nouvelles technologies automobiles, doivent rationaliser leurs gammes au maximum.

Disparitions en série

Les micro-citadines sont donc d’ores et déjà condamnées. Et les modèles disparaissent les uns après les autres dans les gammes, plus vite encore que les diesel ! Opel a stoppé la production de la petite Adam, Volkswagen est en train de préparer la fin de la production des versions thermiques de la Up!/Citigo/Mii, et Toyota a repris à son compte la production de l’Aygo, signant sans doute la fin à terme du partenariat avec PSA qui les liait autour des 108/C1.

L’avenir semble aussi compromis pour la Twingo de Renault, puisque Daimler a cédé le contrôle de Smart au Chinois Geely, signant de fait une fin programmée du partenariat avec le français autour de ce projet. L’avenir de Smart étant désormais en Chine… et 100% électrique.

Le salut par l’électrification

Et c’est de l’électricité précisément que ce segment des petites citadines pourrait retrouver des signes d’espoir et de survie. Linda Jackson, patronne de Citroën, s’est déjà exprimée en faveur d’une future Citröen C1 entièrement électrique. Volkswagen a lancé un important investissement autour de SEAT, qui va fabriquer une nouvelle génération de sa mini-citadine Mii, elle aussi 100% électrique, qui servira de base à d’autres modèles du groupe. SEAT à l’occasion a été mandaté pour être le maître d’oeuvre d’un chantier capital : créer la meilleure petite voiture électrique du monde au meilleur prix, autour d’une plate-forme commune. Les Honda e et Fiat 500 électrique compléteront le tableau, dès l’année prochaine.

C’est donc du côté de l’électrique que peuvent renaître, à profit, ces micro-citadines. Peu compliquées à électrifier de par leur taille réduite, avec des groupes moteurs facilement rechargeables au vu de l’état actuel de l’infrastructure électrique, et avec des coûts de production appelés à baisser. Elles peuvent même constituer sur le papier une vraie opportunité pour les constructeurs dans la course à l’électrification et à la baisse des émissions. D’autant que ces véhicules, si les prix sont contenus, trouveront aussi bien preneur dans le grand public, que dans les flottes d’entreprises, ou les grands systèmes d’autopartage urbains.

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